Cinq recueils de poésie de Jalal El Mokh, parus à la fois par Hechmi KHALLADI

Le poète, c’est Jalal El Mokh, auteur prolifique bilingue (arabe et français) qui a à son actif au moins une trentaine de livres répartis entre poésie, essais et traductions. Les cinq recueils sont les derniers-nés de l’auteur qui sont publiés récemment en une seule fois. L’on peut parler ainsi d’une prouesse littéraire réalisée par Jalal El Mokh qui a pu sortir ces cinq recueils de poésie en même temps, à l’heure où la production littéraire et culturelle stagne en Tunisie depuis au moins deux ans à cause de la pandémie COVID-19. On ne peut qu’applaudir cet exploit qui vient enrichir la scène poétique en Tunisie.
Personnellement, j’ai côtoyé Jalal El Mokh depuis plusieurs années et je l’ai suivi dans toutes ses productions littéraires, notamment poétiques, et j’ai remarqué qu’il ne cesse d’évoluer dans son écriture et son œuvre, si bien qu’il nous offre à chaque fois une poésie en mutation permanente, traitant non seulement des thèmes récurrents de la poésie classique, mais des questions d’actualités brûlantes, celles qui concernent l’homme dans son histoire, dans son quotidien et dans sa vie en général. Et plus encore que la quantité des livres qu’il produit, il est important de souligner la qualité de ses textes qui ne cessent, avec les années, de s’améliorer et de nous subjuguer
Ces cinq recueils de poésie sont écrits en arabe et nous en avons traduit les titres ainsi : « Hier, j’ai passé ma nuit sans poème», « Mes blessures à l’écoute de ma voix », « Advint ce qui devait advenir », « Ecris, je n’écrirai point ! » et « De la genèse de la vie»
Nous nous bornerons ici à présenter seulement deux de ces cinq nouveaux recueils dans l’espoir de découvrir les autres prochainement
Commençons par « Hier, j’ai passé ma nuit sans poème». Ce titre révèle d’ailleurs cette habitude de notre écrivain, devenue une manie presque morbide, de composer un poème chaque nuit, qu’il soit court ou long, avant de céder au sommeil. S’il n’arrive pas une nuit à taquiner la muse pour s’en inspirer quelques vers, il est en proie à une sensation de vide, à un sentiment de privation. Il se sent ainsi comme « Le foyer des pauvres sans pain/Comme les gens tristes sans joie/ Comme les solitaires sans amour/Comme des politiciens inconscients/ Comme des ivrognes insouciants… » p : 29
Ce recueil de 100 pages est constitué de 17 poèmes de longueur variée, présentés en ordre chronologique, tous écrits en 2020, excepté un seul en décembre 2019. Ils traitent de thèmes divers ayant trait au statut du poète dans la communauté, de la magie de la poésie, des états d’âmes du poète, de sa vision du monde et de l’entourage, des maux qui l’accablent et qui frappent ses concitoyens en particulier et l’humanité en général, mais surtout de son attachement affectif et profond à sa poésie qui devient en quelque sorte sa raison de vivre
Je ne résiste pas au plaisir de vous citer ces quelques vers de ce recueil, en guise d’avant-goût. On peut donc lire dans le poème intitulé : « Je n’ai d’ennemi que moi-même » p 47 : « Mon unique ennemi est moi-même/ Que je combats avec toutes les armes/ Cet ennemi m’attaque avec ses armées les plus redoutables/ Nous nous luttons sans pitié ni trêve/…
On peut lire aussi dans le poème « Testament » p 97 : « Si jamais je meurs un jour/ Et vais-je mourir vraiment ?/ Je vous supplie, vous qui versez des larmes de crocodiles/ De ne pas dire que l’un des chevaliers du Mot est parti/ Ô combien je déteste cette expression
Quant au deuxième recueil, il porte comme titre « Mes blessures à l’écoute de ma voix ». Ce recueil de 102 pages comporte 11 longs poèmes en vers libres dont la majorité sont composés en 2019. Il s’agit bien d’un cri de douleur poussé par le poète, un cri venant sans doute d’un mal profond et violent ressenti par lui-même suite à des expériences vécues. Cependant, c’est grâce à sa voix (entendez ses vers) qu’il réussit à maîtriser ses maux et soigner ses blessures, à dépasser enfin sa douleur. Mais cela ne se passe pas sans émouvoir le lecteur et l’impliquer dans le malaise du poète, car ce qui touche ce dernier pourrait gagner le lecteur qui, en tant qu’être humain, aurait vécu la même expérience sentimentale.
Ce recueil s’ouvre sur un poème intitulé « Suicide des démons de la poésie » décrivant un long voyage effectué par le poète, sur les traces de Sindbad, en quête des « Démons de la poésie ». Au fil de son voyage, il rencontre l’un de ces démons qui lui apprend la mort des poètes et partant, de la poésie, cet art sublime qui semble avoir perdu de son éclat et de sa gloire à travers les époques. On peut lire en page 18 : « Quant aux Modernes, ne m’en parlez pas/ Nous n’avons aucun lien avec eux/ Ni avec leurs absurdités divulguées dans les tribunes/ Nous sommes complètement différents/ Tout ce qu’ils disent, c’est du charabia/… »
Voici quelques autres vers extraits du poème éponyme en page 63 : « Mes blessures écoutent ma voix/ Je clame, elles obéissent/ Je crie, elles fléchissent/ Elles viennent à mon secours/ Et me procurent aide et soutien/ Mes blessures sont innombrables/ Je flirte avec elles en secret et les invoque ouvertement/ Je les interpelle aux pires moments/ Et nous nous saluons à chaque lever de soleil ou à chaque crépuscule/ Mes blessures sont le secret de mon succès… »
A la fin du même poème, on peut lire à la page 67 ce qui suit : « Ô mes blessures, soyez profondes et ferventes/ Personne ne peut vous arracher de moi/… Mes blessures sont du sang pur/ Elles inondent l’univers de netteté et de beauté/ Elles appliquent mille baisers sur les lèvres de l’espoir et remplissent de mille parfums les cœurs des désespérés… »
Cependant, le recueil finit sur un ton optimiste avec le poème intitulé « Hymne du salut » en page 97 où l’on peut lire : « Ainsi la sérénité éclot accompagnée d’espoir/ L’univers est rempli de chants étranges/ dont les sons font danser le temps/ Une chaleur gagne mon corps épuisé/ Et mes battements de cœur sont de retour/… »
Et plus loin, en page 100, le poète exprime sa joie et sa fierté pour la poésie immortelle qui restera sa raison d’être et l’origine de son salut : « Béni soit celui qui embrasse la poésie/Et celui qui lui servira de phare et de lumière, le guidant vers le salut. »
Le reste des poèmes traite de questions philosophiques, métaphysiques et existentielles, telles que la mort, l’après-mort, le destin de l’homme, le mystère de l’inconnu, l’absurdité de la vie. Des textes qui inciteraient le lecteur à repenser son humanité, à réfléchir sur ses choix dans la vie et à apprendre à se connaître soi-même à travers son existence
Hechmi KHALLADI

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